L’effet Fifty Shades.

« Goods girls go to heaven, bad girls go to Mr Grey. »

Dimanche 1er février 2015. J’ai longuement hésité sur le sujet de ma première publication. La publication qui allait inaugurer le lancement de ce blog. Ce blog, c’est avant tout un état d’esprit. Il reflète des inspirations et des envies, des humeurs aussi. On y parlera des tendances du moment, des choses qui attisent la curiosité ou font débat, le tout dans un esprit féminin, sans tomber dans le girly. Un article me présentant serait l’idéal pour commencer. Cela serait dans la logique des choses. Mais comme je n’aime pas faire dans le conventionnel, j’ai préféré rentrer directement dans le vif du sujet et vous parler d’un phénomène qui ne cesse de se propager, de nos tables de chevet jusque sous nos couettes…

Véritable désinhibiteur et révélateur de désirs, l’effet « Fifty Shades of Grey » va bientôt faire sensation dans nos salles obscures. Vous en avez sûrement déjà entendu parler, au milieu d’une conversation ou au détour d’une page web. Moi-même je connaissais ce nom depuis plusieurs mois. Étonnamment, ma curiosité n’a pas cherché à se renseigner davantage sur la question. C’est lors de ma venue au cinéma pour le film « La Famille Bélier » que j’ai découvert la bande-annonce alléchante et intrigante de l’adaptation du roman d’E.L. James. Première découverte. A l’origine, ce sont des bouquins ! Moi qui pensait naïvement que c’était le titre d’une série US, comme il en pleut tous les jours… Me voilà scotchée sur mon fauteuil, pendue aux lèvres du séduisant Jamie Dornan, qui incarne l’un des personnages principal du roman, LE fameux Christian Grey. L’autre héroïne incarnée par la jolie Dakota Johnson me fait évidemment moins d’effet, mais je suis touchée par sa fragilité et sa pudeur apparentes. Les images se succèdent rapidement et l’intensité des scènes dévoilant des pratiques sexuelles torrides me laissent avec une sensation étrange. Bingo, ma curiosité meurt d’impatience à l’idée de dévorer ce roman et d’en connaître davantage sur ce « phénomène mondial », comme mentionné dans la bande-annonce. Je m’empresse alors d’acheter le premier tome de la trilogie et je m’y plonge en un éclair, encore troublée par le souvenir du jeu sensuel des deux acteurs.

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Cinquante Nuances de Grey, c’est l’histoire passionnelle de deux individus que tout oppose, sur fond de pratiques BDSM. Lui, c’est Christian Grey. Un richissime et séduisant chef d’entreprise à la tête d’un empire de quelques milliards de dollars. Elle, c’est Anastasia Steele, une jeune diplômée en littérature, naïve et insouciante, qui ne s’est encore jamais donnée aux relations sentimentales. Dès leur première rencontre, une tension électrique naît entre les deux protagonistes qui entament rapidement une relation fusionnelle. Jusque là, l’intrigue semble banale me direz-vous. Mais c’est bien plus qu’un roman à l’eau de rose. Cinquante Nuances de Grey c’est aussi et avant tout l’histoire d’une quête intense, celle de la véritable identité de l’être aimé. Anastasia Steele est attirée mais en même temps repoussée par les Cinquante Nuances de son amant. Insaisissable, tourmenté, mystérieux, Christian Grey est difficile à cerner et ne se livre que très rarement sur son passé et sa personnalité. Anastasia se prête aux jeux dangereux de son mentor dans l’espoir de se rapprocher de celui-ci et de percer à jour ses secrets les plus inavouables.

Très vite, on est happé par les émotions de la jeune Ana, qui raconte l’histoire avec une sensibilité touchante et un brin de naïveté. Les propos sont parfois crus, les scènes parfois dérangeantes, mais on parcourt chaque page avec entrain, sans lassitude. Pour ma part, c’est la première fois que je me suis identifiée à un personnage de roman. Le désir irrépressible de l’autre, le sentiment d’incompréhension, la folie amoureuse, la douleur morale, les sensations charnelles… Tout est relaté avec réalisme et efficacité, à telle point que l’on ressent au plus profond de son esprit et de son corps les émotions de la protagoniste, y compris lorsqu’il s’agit des scènes les plus dénudées. Et, comme elle, on succombe instantanément au charme de Mr Grey. Mention spéciale aux échanges de mails entre les personnages qui rythment le roman et lui apportent une touche d’originalité. Retranscrits comme d’authentiques mails, avec la date d’envoi, l’heure, l’objet et la signature, ces écrits sont souvent teintés d’ironie. Les personnages se cherchent, se taquinent, s’excitent mutuellement à distance. L’angoisse qu’Ana éprouve quand elle s’attend à recevoir un message de Christian reflète parfaitement cette sensation d’impatience dévorante que l’on a tous vécus au moins une fois dans une relation, à l’heure où la magie du numérique nous empêchent de déconnecter de l’être aimé.

Évidemment, si vous êtes fans des romans à la J.R.R. Tolkien où les passages descriptifs sont omniprésents et dessinent le moindre détail dans votre imagination, vous risquez d’être déçu par l’écriture d’E.L. James. L’auteur semble avoir justement privilégié les dialogues et les descriptions succinctes pour laisser place aux émotions et aux ressentis. Les lieux les plus importants sont décrits, mais l’auteur ne s’attarde pas sur les détails. Notre imagination est alors libre de faire le reste du travail. Et c’est d’autant plus excitant. Je ne considère pas qu’une écriture sophistiquée ou qu’une histoire complexe soient les ingrédients indispensables pour faire un roman réussi. L’écriture peut être simple, l’intrigue peut être anodine, ce qui compte avant tout, c’est le sentiment procuré par la lecture du livre. Est-ce qu’il nous laisse de marbre ou au contraire provoque une sensation nouvelle en nous ? En ce sens, je considère qu’E.L. James a réussi son pari. Partir du plus simple pour provoquer chez nous des sentiments troublants.

Cette réussite repose indéniablement sur l’énigmatique et mystérieux Mr Grey. Avec ses traits parfaits, ses tenues toujours impeccables, sa démarche sexy et sa vie remplie de luxe (et de luxure), Christian Grey est un fantasme ambulant pour ces demoiselles. Mais c’est aussi un personnage contradictoire autour duquel planent des questions récurrentes. Deux facettes opposées semblent se vouer à une lutte infernale dans son esprit. Parfois enjoué, tendre, enthousiaste, Christian Grey est aussi profondément torturé, froid, introverti. Son humeur change d’une page à l’autre, ce qui fait basculer Anastasia et nous-mêmes, lectrices, dans une frustration et une incompréhension irritantes. Christian Grey est dans le « paraître ». Il contrôle sa vie et son apparence de façon à avoir l’air impassible en toute circonstance et on ressent dans ces moindres faits et gestes un besoin insatiable de contrôle. Mais derrière ses attitudes parfois abruptes et froides, on décèle une fragilité liée à un passé douloureux, ce qui le rend finalement vulnérable, profondément humain, et d’autant plus attirant.

Christian Grey représente tout ce qu’il y a de plus parfait pour une femme, c’est d’ailleurs pour cela que la plupart des hommes ne se retrouvent pas en lui et n’adhérent pas à ce roman. Vénéré par les lectrices, détesté par les lecteurs, Christian Grey et ses Cinquante nuances ne laissent en aucun cas indifférent.

Mais peu importe, nous, on est comme Anastasia Steele, « on en veut plus ».

Dans la lignée des célèbres Liaisons dangereuses ou Délivre-moi, le livre d’E.L. James relate explicitement des scènes physiques mais, contrairement au livres purement érotiques qui relèguent les sentiments au second plan, Cinquante Nuances de Grey accorde autant d’importance aux sentiments des protagonistes qu’à leurs rapports charnels. On y découvre ainsi des scènes torrides, parfois violentes, entre Anastasia et Christian, qui, vous l’aurez bien compris, est adepte de pratiques sexuelles bien peu ordinaires. Les détails du corps ne sont pas ignorés, et ça fonctionne. Mais en dehors de l’aspect charnel, on est transporté par la psychologie des personnages, leurs pensées et leurs émotions les plus profondes. Un équilibre exquis entre la réalité du corps et l’authenticité des sentiments. Véritable romance érotique contemporaine, Cinquante Nuances de Grey a relancé la mode de ce genre littéraire, dont les ventes ne cessent de grimper.

L’adaptation cinématographique d’un succès littéraire est toujours très attendu. Les plus fidèles lecteurs sont souvent au garde-à-vous, prêt à dégainer le moindre argument qui pourrait desservir le film face à la puissance du livre. Et vous, pensez-vous que l’adaptation sur nos écrans de « Fifty Shades of Grey » sera aussi envoûtante et addictive que le livre ? Réponse le 11 février au cinéma.

– Odelia –