Le huitième sens.

Sense8, le dernier bijou des Wachowki.

Cela fait plusieurs années que j’ai été diagnostiquée série addict. J’ai tenté plus d’une fois de m’en défaire, mais mes envies de visionnage prennent toujours le pas sur ma volonté. Chassez le naturel, il revient au galop, n’est-ce pas ? Et pourtant, être accro’ aux séries n’est pas un plaisir de tout repos. Qui n’a jamais passé des heures entières les yeux rivés sur son écran d’ordinateur, en attendant parfois péniblement le chargement de la vidéo. Cette vidéo tant attendue qui nous délivre bien souvent d’une angoisse inqualifiable nourrie par notre imagination débordante qui s’improvise scénariste. Cette vidéo tant attendue qui nous délivre de la menace des tweets et autres hashtags en tout genre, véritables armes de spoil qui déferlent sur les réseaux sociaux. On veut garder le monopole du « Vous avez vu le dernier épisode ? » (la question-qui-tue) et devancer notre entourage dans cette quête du visionnage. Et pourtant, une fois qu’on a regardé ce fameux épisode, on n’est pas plus soulagé que ça. Et oui, le plus dur, c’est l’après. Car c’est une fois arrivé à la 52ème minute que le machine infernale reprend. Une fois l’épisode visionné, on est en effet pris d’un besoin saisissant d’en discuter avec ses potes, eux aussi drogués de séries. On se lance alors dans des débats sans fin sur l’issue de la saison, les mystères qui planent sur le scénario, les hypothèses sur la disparition de tel ou tel protagoniste… Un véritable cercle vicieux dont on ne se lasse pourtant jamais et qui procure un plaisir incomparable.

En tant que véritable sérievore, il était temps que j’aborde cet univers. Les séries font partie intégrante de mon quotidien et je suis toujours curieuse d’en découvrir de nouvelles. La dernière en date qui m’a marquée est une série lancée le 5 juin dernier sur la plateforme Netflix. Intitulée Sense8, cet ovni télévisuel est à la croisée du thriller et du drame psychologique, sur fond de bouleversements sociaux et d’enquête policière, le tout dans une dimension géopolitique prononcée. Mélange entre Inception, Lost et The Leftovers, Sense8 est un projet qui se veut globalisant et délivre des messages universels via un appel à la tolérance. Certains y voient ici une série pleine de clichés et au discours moralisateur, mais pour ma part, la lecture est totalement différente.

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Sense8 retrace l’histoire de huit protagonistes vivant aux quatre coins du monde et qui n’ont à priori rien en commun. Peu à peu, ces personnages vont se retrouver connectés mentalement et physiquement. Ils vont être capables de mélanger leurs compétences physiques, émotionnelles et intellectuelles à distance, via un processus de télépathie complexe et intense. On découvre au fil des épisodes que ces personnes constituent en réalité une nouvelle génération d’être humains appelés des sensitifs. Au départ huit individus aux cultures et aux origines distinctes, ils vont réussir à former un seul et même esprit, imprégné des compétences et du savoir de chacun. Ils vont former un « cercle » dont eux seuls connaissent l’existence. En se retrouvant successivement dans la peau des uns et des autres, chacun va progressivement découvrir les personnes de son cercle et être capable d’intervenir tour à tour dans la vie de chacun. Ils ne forment plus qu’une seule et même personne, à tel point que tomber amoureux d’une personne de son cercle est considéré comme de l’inceste… Alors que les personnages vont tenter de s’adapter à ces nouvelles compétences, ils vont brusquement être confrontés à une organisation aux desseins obscurs qui semble les percevoir comme une menace et fera tout pour les éliminer. Dès lors, la série nous transporte rapidement dans une atmosphère haletante et intense où chaque seconde sera décisive pour la survie des huit sensitifs.

De la coréenne championne d’arts martiaux à l’acteur mexicain gay, autant de portraits différents qui vont peu à peu mélanger leurs identités et leurs spécificités pour créer un nouveau genre d’être humain. Les « sensitifs », ce sont un peu les X-Men des temps modernes. Chaque personnage se dévoile au fil des épisodes et on plonge très vite dans l’univers de chacun. Mention spéciale au personnage de Riley, une jeune DJ d’origine islandaise vivant à Londres. Mélancolique et sensible, Riley est en permanence tourmentée par la mort de sa mère, décédée à sa naissance.

Les Wachowski ont tenté un pari risqué. Il ont décidé de nous marteler le cerveau à coups d’intrigue tortueuse, de personnages aux destins croisés, de mystères angoissants et d’images époustouflantes tournées aux quatre coins de la planète. Rien à dire, Lana et Andy ont misé gros. Et ils ont vu juste. Pour moi, ça fonctionne. Si le premier épisode nous laisse sur notre fin et semble parfois confus, sans nous rappeler les incohérences de Lost (l’apparition de l’acteur interprétant Sayid dans Lost est d’autant plus troublante), on est rapidement happé par les mystères et les zones d’ombre. Le temps que le cadre de l’intrigue se pose, on est déjà englouti par la vague sensitive et on s’identifie rapidement aux personnages, pour lesquels on développe un réel attachement. Les Wachowski ont réussi à faire ce que très peu de réalisateurs font, à savoir créer un genre télévisuel à part entière. Ce chef-d’oeuvre sensoriel est à ne manquer sous aucun prétexte.

You are not longer just you.

– Odelia –